Relaciones Internacionales – Comunicación Internacional

Le virus et la géopolitique (François Heisbourg, FRS)

| 0 Comentarios

 

François Heisbourg @FHeisbourg

 
Une des leçons des premiers mois de 2020, c’est qu’il est trop tôt pour se hasarder utilement à des prévisions sur les conséquences géopolitiques de la phase actuelle de la pandémie de Covid-19. Alors que le virus initialement identifié à Wuhan venait à peine d’être nommé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des articles parus dans la presse américaine et européenne s’appesantissaient sur le défi auquel étaient confrontés les dirigeants chinois, le tout suivi par des éditoriaux parfois définitifs sur les conséquences plus larges à en tirer.
Quelques semaines plus tard, l’air du temps avait changé, avec des propos non moins définitifs sur la force de la Chine par comparaison avec une Amérique à la dérive et une Union européenne (UE) à la ramasse. Outre l’effet dissuasif que cette séquence peut avoir sur qui voudrait se livrer à des pronostics, il y a des raisons puissantes qui interdisent pour le moment de prévoir des évolutions géopolitiques spécifiques. A l’inverse, il est déjà possible de s’interroger sur comment et par quels relais la pandémie pourra modifier la géopolitique, au-delà du rappel que la géopolitique n’est pas comme une course de chevaux et que toutes les issues ne sont pas à somme nulle.

Ignorance et connaissance

L’étendue de notre ignorance sur le Covid lui-même et le cours futur de la pandémie est à la mesure du caractère sans précédent de l’événement lui-même dans l’histoire moderne. Le Covid est un ennemi puissant, qui se comporte suivant ses règles darwiniennes qui lui donnent la capacité de s’adapter aux circonstances et de changer de trajectoire : en forçant le trait, son système d’exploitation lui permet d’agir stratégiquement. Le Covid a été identifié très récemment. Nous savions initialement aussi peu, voire moins, que nos anciens confrontés à la « grippe espagnole » en 1918-19. Bien que largement ignorants des caractéristiques de la nouvelle catégorie de pathogènes qualifiés de « virus filtrants » découverte quelques années plus tôt, du moins les médecins de l’époque connaissaient la nature saisonnière de la grippe, une maladie dûment répertoriée.

Au moment où ces lignes sont écrites, nous ne savons toujours pas si le Covid est saisonnier, ou sensible de manière générale à la température ambiante et à l’hygrométrie, même s’il est clair qu’il paraît avoir trouvé son bonheur en même temps au Burkina Faso brûlant et sec, au Nunavik (Québec) glacial, et dans la touffeur équatoriale de Guayaquil. Nous n’avons pas non plus une pleine compréhension de la durée, du spectre et de la fiabilité de la réponse immunitaire que déclenche sa présence dans un être humain infecté. Sans cette connaissance, il sera difficile de mettre au point notre réponse stratégique au Covid, notamment dans le domaine vaccinal et pharmacologique. Le mieux que nous puissions faire pour le moment est de recourir à des moyens hérités du Moyen Âge tels la quarantaine, le port de masques, le confinement, l’interruption des voyages et la distanciation sociale, le tout rendu plus efficace par la capacité de procéder au dépistage virologique et sérologique en liaison avec les techniques de traçage, cependant que les soins hospitaliers modernes permettent de sauver plus de patients en difficulté qu’à l’époque de la grippe espagnole.

 

Deja una respuesta

Campos requeridos marcados con *.


Este sitio usa Akismet para reducir el spam. Aprende cómo se procesan los datos de tus comentarios.